Le 5 janvier 2010, un tribunal français a annulé les sanctions FIA infligées à Flavio Briatore et Pat Symonds après Crashgate
Crashgate demeure l’un des plus grands scandales de la F1 et a transformé la gestion de l’éthi.... Le scandale n’a pas disparu pour autant, mais son après-coup a changé de nature.
Le 5 janvier 2010, un tribunal français a annulé les exclusions prononcées par la FIA contre Flavio Briatore et Pat Symonds. Cette décision est devenue l’un des épisodes juridiques les plus importants de l’après-Crashgate. Briatore avait initialement été écarté pour une durée indéterminée de toute activité relevant de la FIA, tandis que Symonds avait reçu une suspension de cinq ans après la réponse du pouvoir sportif au Grand Prix de Singapour 2008 truqué.
Le contexte donnait à ce jugement une portée particulière. Crashgate tournait autour de l’ordre donné chez Renault à Nelson Piquet Jr. de provoquer délibérément un accident à Singapour. L’intervention de la Safety Car
Rôle et fonctionnement de la Safety Car en Formule 1. qui en avait suivi avait aidé Fernando Alonso à gagner la course. Lorsque le montage a été révélé en 2009, la FIA a considéré l’affaire comme une tricherie préméditée d’une gravité extrême, avec une dimension évidente de sécurité. Renault a évité l’exclusion ferme grâce à une disqualification avec sursis, mais Briatore et Symonds sont devenus les deux principaux visages individuels de la sanction.
Ce que la décision parisienne a modifié, ce n’est pas le jugement moral porté sur les faits, mais la base juridique des peines. Le tribunal a contesté l’autorité et la procédure utilisées par la FIA pour les imposer. Cette nuance est capitale. Le jugement n’a pas blanchi les actes au cœur de Crashgate. Il a surtout posé la question de savoir si la fédération avait correctement exercé son pouvoir disciplinaire contre deux hommes qui n’étaient pas, au sens classique, des détenteurs de licence FIA.
C’est précisément pour cela que l’affaire a eu un tel retentissement. Sur le plan sportif, la FIA voulait envoyer le message le plus fort possible: toute manipulation de course et toute mise en danger volontaire devaient entraîner les sanctions les plus lourdes. Sur le plan juridique, elle s’était toutefois exposée. La Formule 1 s’est alors retrouvée face à un problème typiquement moderne: un sport peut être moralement certain de son bon droit et malgré tout perdre du terrain si sa procédure disciplinaire n’est pas assez solide.
Pour Briatore, ce jugement rouvrait l’espace de la riposte après ce qui ressemblait à une peine mettant fin à sa carrière. Pour Symonds, il apportait un soulagement partiel, même si son cas était depuis longtemps perçu différemment en raison de regrets exprimés plus tôt. Pour la FIA, l’embarras était double. Elle avait gagné l’opinion sur la gravité des faits, mais perdu un terrain important devant la justice.
La portée du jugement dépassait d’ailleurs largement les deux hommes. Il a obligé la Formule 1 à réfléchir à sa manière de se gouverner quand un scandale quitte le paddock pour entrer dans l’arène judiciaire. Une autorité sportive n’a pas seulement besoin d’une légitimité morale. Elle doit aussi disposer de règles disciplinaires applicables et rigoureusement construites. Crashgate avait déjà terni Renault, Piquet Jr. et la crédibilité de la discipline. Cette décision a garanti que la suite porterait aussi sur la régulation, la procédure et le pouvoir institutionnel.
C’est pourquoi le 5 janvier 2010 représente bien plus qu’une note de bas de page. C’est le moment où Crashgate a cessé d’être seulement un scandale pour devenir aussi un test grandeur nature de la manière dont la Formule 1 et la FIA défendent l’intégrité sans dépasser leurs propres limites juridiques.
